La crépidule
Quiconque
est ostréiculteur ou myticulteur connaît cet animal envahissant à la chair indigeste.
C'est
un mollusque marin (mésogastéropode de la famille des Calyptréidés)
Elle a une forme de cône aplati légèrement recourbé au
sommet et peut atteindre une taille de sept centimètres. Elle peut se fixer sur
n’importe quel substrat enduré, mais choisit généralement une de ses
congénères. C’est pourquoi on les rencontre empilées les unes sur les autres.
Ceci est expliqué par leur mode de reproduction hermaphrodite protérandre
(c’est-à-dire que les mâles peuvent se reproduire avant les femelles). Jeunes,
les crépidules sont mâles et se fixent sur une femelle pour la féconder.
Adultes elles deviennent femelles et les jeunes mâles viennent se fixer sur
leur carapace.
On observe alors des empilements de crépidules caractéristiques, ce qui leur a valu leur nom d’espèce fornicata car les premiers à les avoir observées pensaient qu’elles se reproduisaient en permanence (fornicare signifie cambrer en latin, ceci s’applique également à leur forme)
Voici des empilements de crépidules
Et donc elles vivent comme ça sur le sol.

On le rencontre en bordure de nos côtes, jusqu'à dix mètres de profondeur, depuis la Normandie jusqu'à l'Espagne, et même en Médierranée. On en trouve jusqu'en Suède.
Leur milieu de vie est le même que celui des huîtres et des moules, leur système de reproduction, tout au long de l'année leur permet de supplanter aisément ces deux autres espèces de mollusques. Malheureusement, la crépidule n'a aucune valeur commerciale, le goût se rapprocherait de la noisette (j'ai pas goûté) mais sa chair est caoutchouteuse crue comme cuite (qui l'eût cru?) et c'est un coquillage moche (c'est rigolo quand c'est empilé, mais elles meurent en sortant de l'eau, et finissent par se décrocher).
De plus c'est un animal suspensivore, donc qui filtre l'eau pour filtrer des nutriments, puis recrache ce dont il n'a pas besoin, ce qui apour conséquence une augmentation de l'ensablement des côtes. Ceci pose surtout poblèmes dans des régions où il y a déjà de l'ensablement, comme au Mont St-Michel où elles seraient responsables de l'accumulation de 322000 tonnes de sédiments. Elle ralentit les courants tendent à envaser les fonds des estuaires, d'ici quelques centaines, la Seine, la Loire et la Garonne pourrait avoir un delta comme le Rhône.
Comment sont-elles arrivées là? Eh bien plusieurs hypothèses, il y a quelques siècles, des navires marchands canadiens les auraient apportés en Europe avec des moules et autres fruits de mer en Angleterre puis de l'Angleterre à la France. Mais la plus grande partie, qui est à l'origine de la prolifération de type zerg, serait arrivée en juin 1944, dans les cales de vaisseaux américains, et c'est à partir de ce moment-là que les gens ont commencé à se plaindre de ces petites bêtes. La dernière vague date des années 70, et nous est arrivée avec des séries de mangas, tout droit du Japon, elles s'étaient glissées parmi des huîtres exportées au Portugal.
S'en débarasser n'est pas chose aisée, sachant qu'il y en a jusqu'à dix mille au mètres carrés... Elles ont déjà causé la ruine de parcs conchylicoles car même si en réalité elles n'empêchent pas le développement d'autres espèces, le tri avant la commercialisation est fastidieux.
Dans la rade de Brest, environ soixante-dix espèces sont menacées d’extinction à cause de l’homogénéisation des fonds engendrée par la prolifération de la crépidule. Une surface de quatre-vingt-dix kilomètres carrés, soit dix-huit mille tonnes de crépidules y sont présentes ; environ huit cent cinquante mille tonnes de sédiments organiques (frais) y sont déposées par an.
Là où on est maudits: les crépidules rejettent des sédiments siliceux (sable) qui aurait dus être expulsés au large. Cela crée des floraisons d'organismes à coquilles siliceuses. Si on éradiquait rigoureusement les crépidules, ces organismes disparaîtraient également, laissant leurs cadavres siliceux sans vie pourrir sur le fond de l'océan. Alors apparaîtraient d'autres organismes (des dynoflagellés), se nourissant de cadavres siliceux sans vie pourrissant sur le fond de l'océan. Ces organismes sécrètent malheureusement un poison qui tuent les espèces cultivées par l'homme (moule, huître, coquille St-Jacques), c'est ce qu'on appelle un bloom toxique.
De nouveaux écosystèmes sont apparus, où Crepidula fornicata a une place prépondérante....